Le recrutement
Tu cherches un emploi.
Tu surveilles LinkedIn, Facebook, WhatsApp, les sites d’emploi. Tu ajustes ton CV, tu rédiges une lettre de motivation, tu postules. Encore et encore.
Puis tu attends.
Au début, tu te dis que les recruteurs ont sûrement beaucoup de candidatures. Une semaine passe. Puis deux. Tu regardes ton téléphone dès qu’il sonne. Tu vérifies tes mails plusieurs fois par jour. Tu espères que la prochaine notification sera enfin celle d’un recruteur.
Mais rien.
Alors tu recommences.
Tu modifies ton CV. Tu changes la présentation. Tu ajoutes une compétence. Tu enlèves une expérience. Tu te demandes si ton diplôme est suffisamment bon. Si ton expérience est suffisante. Si tu demandes trop. Si tu ne demandes pas assez.
Puis l’attente commence à faire quelque chose de plus profond.
Tu ne te demandes plus seulement pourquoi personne ne répond.
Tu commences à te demander si tu es réellement à la hauteur.
Tu vois un ancien camarade être recruté. Tu es content pour lui, mais une petite voix te demande quand même :
« Qu’est-ce qu’il a que je n’ai pas ? »
Puis tu vois une autre personne rejoindre une entreprise que tu visais depuis longtemps.
Tu cherches l’offre qui lui a permis d’y entrer.
Tu ne la trouves pas.
Tu demandes autour de toi :
« Vous aviez vu cette offre ? »
Personne ne sait.
Quelques semaines plus tard, une nouvelle personne arrive encore.
Puis une autre.
Et tu finis par entendre cette phrase :
« Là-bas, ne perds pas ton temps. Ils ne recrutent pas les gens comme nous. »
Au début, tu trouves ça absurde.
Puis, à force de voir les mêmes situations se répéter, tu commences toi-même à le croire.
Certaines entreprises deviennent des endroits où tu ne postules presque plus. Pas parce que tu n’as pas les compétences. Pas parce que tu ne corresponds pas au profil.
Simplement parce que tu as fini par penser que la porte n’est pas vraiment faite pour toi.
Et parfois, une offre finit par apparaître.
Tu corresponds parfaitement au profil.
Tu prépares ton dossier, tu rassembles tes documents, tu prends le temps de rédiger ta candidature.
Mais tu découvres que le délai se termine le lendemain.
Tu postules quand même.
Puis plus rien.
Et quelque temps après, tu apprends que quelqu’un a été recruté.
Alors les questions reviennent.
« L’offre était-elle réellement accessible ? »
« Quand a-t-elle été publiée ? »
« Qui l’a vue ? »
« Combien de personnes ont réellement eu le temps de postuler ? »
Parce qu’il arrive aussi que les offres soient publiées tardivement, circulent très peu ou apparaissent alors que le processus semble déjà bien avancé.
Et pendant ce temps, chaque mois, de nouvelles personnes arrivent.
Mais on ne sait pas toujours par quelle offre elles sont passées.
Alors une autre habitude s’installe.
On ne cherche plus seulement les offres.
On cherche quelqu’un.
« Tu connais quelqu’un là-bas ? »
« Tu peux me recommander ? »
« Tu peux envoyer mon CV à quelqu’un ? »
Et progressivement, le recrutement cesse d’être perçu comme une rencontre entre une compétence et un besoin.
Il devient un réseau qu’il faut réussir à atteindre.
Le plus inquiétant, ce n’est même pas seulement de ne pas être recruté.
C’est ce que cette attente répétée peut faire à quelqu’un.
À force d’envoyer des candidatures sans réponse, de voir les autres avancer et de ne jamais comprendre pourquoi certaines portes restent fermées, tu peux finir par confondre le silence d’un système avec la valeur de ta propre personne.
Tu commences par remettre en question ton CV.
Puis tes compétences.
Puis ton diplôme.
Puis ton expérience.
Et un jour, tu ne te demandes même plus :
« Pourquoi ne suis-je pas recruté ? »
Tu te demandes :
« Est-ce que je suis vraiment assez bon ? »
C’est ainsi qu’une personne peut perdre confiance dans ses propres capacités sans qu’on lui ait jamais dit qu’elle n’était pas compétente.
Pendant ce temps, ceux qui ont déjà un réseau continuent d’avancer.
Ceux qui connaissent quelqu’un transmettent l’information.
Ceux qui sont proches des bonnes personnes découvrent parfois les opportunités plus tôt.
Et ceux qui restent en dehors regardent passer les recrutements en se demandant encore quelle porte ils n’ont pas trouvée.
Pourtant, un recrutement devrait commencer par une chose simple : que ceux qui possèdent les compétences recherchées puissent savoir qu’une opportunité existe et aient réellement la possibilité de se présenter.
La transparence ne garantit pas que tout le monde sera recruté.
Mais sans transparence, comment savoir si tout le monde a réellement eu la même possibilité d’essayer ?
À quel moment avons-nous trouvé ça normal ?